Cher dictionnaire… (Lettre à mon compagnon de toujours)

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Cher dictionnaire,
Il arrive souvent qu’on commence par détester ceux que l’on adore plus tard. Les histoires d’amour commencent parfois par de la détestation réciproque. Entre toi et moi, cela a été le cas.

Enfant puis adolescente, j’ai longtemps rechigné à faire appel à tes services, tant tu étais lourd, tant tu étais astreignant, tant il était difficile de décrocher mes yeux des pages d’un livre pour me lever et t’appeler à l’aide, te porter et chercher dans tes pages la signification d’un mot. «Bah! me disais-je, je comprendrais bien le sens général de la phrase, même avec un mot en moins.» Force m’a été de constater, à la longue, que ton utilité n’était ni une légende, ni un snobisme, encore moins une mesquinerie de professeur sadique, à la recherche d’une corvée à donner à ses élèves.

Cher dictionnaire, ta longévité, ton obstination à demeurer, à perdurer, stable, fidèle et droit, fièrement, ombrageusement campé sur le chant épais de tes 2174 pages, dans le rayon immuable de mes bibliothèques successives, ont eu raison de ma paresse et de ma croyance imbue en ma supériorité. Eh! bien, oui, j’ai dû le reconnaître: au cours des années, j’ai maintes fois eu besoin de ton aide. Au fil de mes déménagements, tu es toujours resté à mes côtés, un peu comme une bouée de sauvetage, de ma chambre de lycéenne à mon studio d’étudiante, de mon salon fraîchement repeint de primo-accédante à mon couloir encombré de jeune mère débordée. En dépit du temps qui passe, en dépit de ton poids, de ton manque de fantaisie et de ton austère obésité, ta place est restée immuable, mon cher bon vieux pavé, faisant fi de mes mépris passés, de mes oublis passagers. En quelque sorte, tu as toujours fait partie de mes meubles.

Cher dictionnaire, tu es toujours là, phare solidement ancré dans ce monde sans cesse en mouvement, sans cesse recommencé. Je te regarde, je te touche, je t’ouvre et je te ferme. Internet a beau te faire concurrence, ton éditeur te doublonner par la voie numérique, tu restes mon ami. Tu m’as obligée à gagner en modestie, à préserver ma candeur, à demeurer curieuse. Tu m’as aidée tellement de fois à trouver le bon mot, à améliorer la tournure d’une phrase, à soupeser deux synonymes comme on compare des melons. Sans toi, mon métier ne serait pas aussi savoureux. L’amour de la langue, c’est en partie à toi que je le dois. Avec le carnet, le stylo, l’écran, le clavier et le téléphone, tu fais partie de ma boîte à outils. À mon tour, comme mes parents et grands-parents autrefois, je recommande à mes enfants de faire appel à toi. Tu es la référence, le répère, le port d’attache. À leur tour, mes enfants boudent quand je leur parle de toi, comme on boude un grand-père ennuyeux et sévère. Mais j’ose croire que, comme le chêne qui perdure à travers les saisons et les années, ils reconnaîtront un jour ta grandeur, ta sagesse, ta richesse, et ils sauront profiter à leur tour de ton ombre bienfaitrice, si utile et réconfortante.

Cher dictionnaire, mon ami, merci.

Dans mon prochain article, j’expliquerai l’importance de la prise de notes à la main.

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Photo : DR

2017-12-13T11:38:24+00:00 13 décembre 2017|Ecrire pour le papier, Ecrire pour le web, Vie d'entrepreneur|

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